Côte d’Ivoire: quand le peuple N’zima célèbre son Nouvel An

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Elle fait un retour triomphal et marque la persistance des valeurs traditionnelles N’zima. Elle, c’est l’Abissa, la fête du Nouvel An de ce peuple du sud-est de la Côte d’Ivoire. Son attractivité intacte est également une opportunité touristique pour Grand-Bassam, la ville qui l’accueille et située à une quarantaine de kilomètres d’Abidjan.

Côte d’Ivoire: quand le peuple N’zima célèbre son Nouvel An © Judith Renoult

Le public, partie prenante de la fête
À peine arrivés sur place, les festivaliers sont maquillés d’argile blanche à l’aide de fourchettes et autres ustensiles. Bien sûr, il faudra laisser quelques pièces au fond du petit seau contenant le mélange en guise de remerciements. Autour des musiciens, une foule entraînée par le rythme des percussions ne cesse d’enfler. Les danseurs, costumés ou vêtus de tee-shirts à l’effigie de l’événement, se partagent de petits sifflets fluorescents qui annonceront leur arrivée devant la famille royale. Le 23 octobre dernier, le tambour sacré a retenti. Pour le peuple N’zima Kotoko de Côte d’Ivoire, cela marque le début d’un Nouvel An bien particulier: l’Abissa. Cette fête traditionnelle attire chaque année plusieurs milliers de visiteurs, selon le ministère du Tourisme ivoirien. Les embouteillages se forment alors aux alentours de Grand-Bassam, station balnéaire d’ordinaire prisée pour son patrimoine classé à l’Unesco. Les commerçants de la région ont investi les rues du quartier Abissa. En attendant les premiers arrivants, ils préparent poulet et poisson braisés.

L’autre visage de Grand-Bassam
Ville fondée par les N’zima, Grand-Bassam fut la première capitale coloniale de la Côte d’Ivoire. Elle est aussi la dernière à accueillir les célébrations de l’Abissa, qui commencent en août au Ghana voisin. Une opportunité de revenus touristiques supplémentaires qui va de pair avec le soutien financier et institutionnel apporté par la ville au comité d’organisation, comme l’explique Flora Akiri, responsable de la communication de la mairie. « Nous vendrons aussi des tee-shirts, des casquettes, sans oublier le pagne conçu spécialement pour l’événement », détaille-t-elle.

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Avant les festivités, un bilan critique interne
Le calme matinal ne durera pas bien longtemps : sur la plage, en tendant l’oreille, on entend déjà les répétitions de chants qui résonneront quelques heures plus tard au rythme des tambours. Patrice, chargé de la salubrité de l’événement et lui-même N’zima, parcourt les villages des sponsors, pour l’instant déserts. Comme les membres de sa communauté, il a profité de la semaine passée pour dialoguer avec ses proches et évoquer les tensions qui ont pu les diviser. En effet, l’Abissa commence par une phase de retraite, appelée le Siédou.

« C’est une occasion de régler ses différends internes, parce qu’on est conscients que c’est dans la cohésion et la solidarité qu’on arrive à construire un monde meilleur », explique Richard Ekra, membre du comité d’organisation de l’Abissa. Une première étape d’autant plus importante que cette année, la fête est placée sous le signe de la « paix et la cohésion sociale ». M. Ekra, vice-président chargé de la tradition au sein du comité, conçoit le Siédou comme un moment démocratique traditionnel indispensable à son peuple. Les N’zima ont en effet l’occasion de s’adresser à leurs chefs traditionnels, en interrogeant leur gestion des affaires de la communauté : « Pendant cette période-là, toutes les classes sociales sont abolies, les barrières n’existent plus. »

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L’Abissa, une fête très codifiée
En ce début d’après-midi du mardi 1er novembre, les forces de sécurité entourent la cour royale. Pour la première sortie officielle du roi des N’zima, plusieurs membres du gouvernement ivoirien et des diplomates sont attendus. Après une cérémonie d’échange de civilités, le roi est porté jusqu’à la place où se tiendront jusqu’au soir les danses traditionnelles.

Le roi des N’zima pendant sa première sortie officielle pour le Nouvel An de ce peuple du sud-est de la Côte d’Ivoire. © Judith Renoult

La seconde phase de l’Abissa, le Gouazo, a commencé. Les troupes de danseurs et danseuses se succèdent pour présenter leurs prestations à la famille royale, suivant le rythme continu des percussions. Derrière la scène principale, des jeunes hommes travestis entament aussi des danses, sous le regard de visiteurs s’étant frayés un chemin jusqu’à eux.

La nuit tombée, tous s’installent près de la plage et des scènes de concert. La chaleur de la journée n’a pas suffi à effacer complètement leur maquillage. Précédant les phases d’au revoir et de purification? l’Ewoudoulè et le Bouakèzo ?, les festivités se sont étendues jusqu’au week-end suivant.

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