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    TENSION. L’Algérie a réagi aux révélations selon lesquelles le Maroc aurait eu recours au logiciel israélien Pegasus pour espionner « des responsables et citoyens algériens ».

    « L’Algérie exprime sa profonde préoccupation suite aux révélations [?] faisant état de l’utilisation à large échelle par les autorités de certains pays, et tout particulièrement par le royaume du Maroc, d’un logiciel d’espionnage dénommé » Pegasus « contre des responsables et citoyens algériens », affirme le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué. Selon une enquête du consortium Forbidden Stories et Amnesty International, des milliers de numéros de téléphone algériens ? dont certains appartenant à de hauts responsables politiques et militaires ? ont été recensés comme cibles potentielles du logiciel Pegasus, commercialisé par l’entreprise israélienne NSO pendant l’année 2019, affirment le quotidien français Le Monde et le site d’information francophone Tout sur l’Algérie (TSA). Ces révélations ont suscité une indignation générale en Algérie, notamment sur les réseaux sociaux. En réaction, le Maroc a décidé d’attaquer en diffamation Amnesty et Forbidden Stories devant le tribunal correctionnel de Paris.

    Une condamnation ferme avant une stratégie de riposte
    « L’Algérie condamne vigoureusement cette inadmissible atteinte systématique aux droits de l’homme et libertés fondamentales qui constitue également une violation flagrante des principes et normes régissant les relations internationales », ajoute le ministère algérien, dénonçant une « pratique illégale, malvenue et dangereuse ». « Étant directement concernée par ces attaques, l’Algérie se réserve le droit de mettre en ?uvre sa stratégie de riposte et se tient prête à participer à tout effort international destiné à établir collectivement les faits et à faire la lumière sur la matérialité et l’ampleur de ces crimes qui menacent la paix et la sécurité internationales, ainsi que la sécurité humaine », souligne le communiqué. « Toute impunité constituerait un précédent extrêmement dommageable à la conduite de relations amicales et de coopération entre les États conformément au droit international », conclut-il.

    Enquête ouverte à Alger
    Le parquet général d’Alger avait auparavant ordonné l’ouverture d’une enquête préliminaire « diligentée par les services de police judiciaire spécialisés en matière de répression d’infractions liées à la cybercriminalité et aux technologies de l’information », selon un communiqué relayé par l’agence officielle APS. Cette enquête fait « suite aux informations divulguées à travers des organes de presse nationaux et internationaux, ainsi que des rapports émanant de certaines chancelleries, faisant état de l’existence d’un système d’intelligence informatique d’écoute et d’espionnage ayant visé les intérêts de l’Algérie, mais aussi des citoyens et des personnalités algériennes », précise le communiqué du parquet. « Si les faits [?] sont avérés, ils constitueraient des infractions réprimées par la législation algérienne sous sa forme criminelle pour avoir rassemblé des renseignements, objets et documents au profit d’une puissance étrangère aux fins de nuire à la défense nationale », poursuit-il. « Ils constitueraient également des infractions d’accès frauduleux dans un système de traitement automatisé de données et d’atteintes aux secrets des communications », conclut le communiqué.

    L’ambassadeur algérien à Rabat rappelé
    Ce scandale survient au moment où les relations entre l’Algérie et le Maroc ? traditionnellement difficiles ? sont au plus bas en raison du conflit au Sahara occidental. Le conflit oppose le Maroc aux indépendantistes sahraouis du Front Polisario soutenus par l’Algérie depuis le départ de l’Espagne, l’ancienne puissance coloniale, en 1975. Alger a décidé, dimanche, de rappeler son ambassadeur à Rabat pour « consultations » à la suite de déclarations de l’ambassadeur du Maroc à l’ONU en faveur de l’autodétermination du « vaillant peuple kabyle ». Une ligne rouge pour Alger qui s’oppose à toute velléité indépendantiste de la Kabylie, région berbérophone du nord-est de l’Algérie.

    La question du Sahara en toile de fond
    La normalisation des relations diplomatiques entre le Maroc et Israël en contrepartie d’une reconnaissance américaine de la « souveraineté » marocaine sur ce territoire a encore avivé les tensions avec l’Algérie qui a dénoncé des « man?uvres étrangères » visant à la déstabiliser. De son côté, le Maroc considère l’Algérie comme « une partie prenante réelle du conflit » au Sahara occidental, considéré comme un « territoire non autonome » par l’ONU en l’absence d’un règlement définitif. Rabat, qui contrôle près de 80 % de ce vaste territoire désertique, riche en phosphates et avec de fortes ressources maritimes (pêche), propose un plan d’autonomie sous sa souveraineté. Le Polisario, qui a proclamé la République arabe sahraouie démocratique (RASD) en 1976, continue de réclamer, avec l’appui de l’Algérie, la tenue d’un référendum prévu par l’ONU au moment de la signature d’un cessez-le-feu entre les belligérants en 1991. Toutes les tentatives de règlement du conflit ont échoué jusqu’à présent.

     Par Le Point Afrique (avec AFP)

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